Dans le paysage de l’art contemporain, certains ouvrages marquent une étape. Cette première monographie consacrée à Li Chen en langue française, publiée par les éditions Cercle d’Art, inscrit durablement le sculpteur taïwanais dans la scène artistique européenne.
Ce volume majeur ne se contente pas de rassembler des œuvres : il éclaire une trajectoire artistique singulière, où la pratique sculpturale devient un espace de méditation, de tension formelle et de dialogue entre art asiatique et modernité occidentale. À travers ses objets monumentaux, ses figures denses et silencieuses, l’artiste interroge la matérialité du bronze autant que la dimension invisible de l’existence.
La publication trouve aujourd’hui un écho particulier à la suite de l’entretien accordé par Li Chen en janvier aux éditions Cercle d’Art (à lire ici), dans le cadre du musée Cernuschi à Paris. Revenant sur son parcours, son rapport à l’enfance, son mode de création et sa conception de l’art comme condensation d’énergie spirituelle, le sculpteur y livre des clés essentielles pour comprendre la cohérence et la profondeur de son œuvre.
Li Chen, figure de l’art contemporain
En 2026, la reconnaissance internationale de l’artiste confirme la place singulière qu’il occupe dans le monde de l’art contemporain. Présent dans d’importantes collections publiques et privées en Asie, aux États-Unis et en Europe, Li Chen poursuit la diffusion de ses sculptures monumentales à l’échelle internationale, entre Taipei, Shanghai, Hong Kong et plusieurs capitales européennes. Son œuvre s’inscrit durablement dans le paysage global de la création contemporaine et participe activement aux grands dialogues esthétiques de l’art mondial.
Pour le public français, cette reconnaissance dans le monde de l’art renvoie à un moment marquant : l’exposition monumentale organisée place Vendôme à Paris en 2013. Installées au cœur de ce lieu emblématique de l’histoire et du patrimoine parisien, ses figures noires et méditatives avaient créé un contraste saisissant entre tradition architecturale occidentale et spiritualité orientale. Cette installation en plein air, véritable événement d’art public, avait révélé au grand public la puissance silencieuse de son travail et sa capacité à inscrire la sculpture contemporaine asiatique dans un dialogue direct avec les lieux symboliques de l’Europe.
Un livre d’art entre tradition chinoise et modernité occidentale
Ce livre relié de 232 pages ne se contente pas de présenter un ensemble d’œuvres : il structure son parcours à travers ses grandes séries — Spiritual Journey through the Great Ether, Energy of Emptiness, The Beacon, Ordinary People — et met en évidence la cohérence d’une recherche engagée depuis plus de trente ans autour du vide, de la respiration et de la densité intérieure.
La monographie montre avec précision comment l’artiste dépasse la simple référence à l’héritage bouddhique pour en proposer une relecture plastique contemporaine. Ses figures, massives et lisses, souvent d’un noir profond, ne relèvent ni de la statuaire religieuse traditionnelle ni de l’abstraction occidentale : elles occupent un territoire intermédiaire. Leur volume plein dialogue avec le vide qui les entoure ; leur poids apparent est contredit par une sensation de suspension. Cette tension formelle constitue le cœur de son langage sculptural.
L’ouvrage analyse également la manière dont il a intégré les codes de la modernité occidentale — monumentalité, simplification des formes, économie du geste — sans jamais renoncer à une conception asiatique du souffle et de l’énergie. Chez Li Chen, la sculpture n’est pas une construction formelle mais une condensation de forces invisibles. Le bronze devient surface méditative ; la rondeur devient espace de circulation intérieure.
Son mode de création, fondé sur la lenteur, l’attention au rythme et à l’équilibre, révèle une conception presque philosophique de la sculpture : donner forme à l’invisible, matérialiser une vibration plutôt qu’une figure. Cette dimension est abondamment documentée dans le livre, qui articule analyses critiques, entretiens et reproduction d’œuvres monumentales installées dans l’espace public international.
Publié en version bilingue français-anglais, l’ouvrage inscrit cette réflexion dans un dialogue culturel élargi. Il ne s’adresse pas seulement aux collectionneurs ou aux amateurs d’art contemporain, mais à tous ceux qui interrogent la place de la spiritualité dans la création moderne.
La couverture : un enfant, un trône, un « bouton de départ »
La couverture de la monographie Li Chen ne met pas en avant une figure méditative anonyme, mais une sculpture hautement symbolique choisie par l’artiste lui-même. Elle représente un enfant assis sur un trône, tenant une pièce qu’il considère comme précieuse.
Dans l’interview accordée à Cercle d’art, le sculpteur explique ce choix avec une clarté rare : cette pièce est un point de départ, un « bouton » qui condense l’idée d’un futur en devenir. Inspirée des anciennes monnaies chinoises, elle devient ici une fenêtre vers le monde. Elle peut symboliser la richesse, le pouvoir, la vérité, ou au contraire leur absence. Elle peut signifier ce qui est visible comme ce qui demeure caché.
En choisissant cette œuvre pour la couverture, l’artiste ne met pas en avant la monumentalité de ses sculptures publiques, mais une réflexion intime sur le commencement, la responsabilité et la pluralité des interprétations. L’image devient un seuil symbolique. Elle engage le lecteur à regarder au-delà de la surface lisse du bronze pour y chercher les significations contradictoires que l’artiste laisse volontairement ouvertes.
L’œuvre comme espace d’interprétations
L’un des apports essentiels de cette monographie réside dans la manière dont elle éclaire l’interprétation ouverte des œuvres. Dans l’interview publiée par les éditions Cercle d’Art, l’artiste affirme laisser le sens librement circuler entre l’objet et le regardeur. À propos de Floating Heavenly Palace, certains ont vu un temple, d’autres un coffre-fort, d’autres encore le paradis ou une maison familiale. À chaque lecture, il répond « oui » ! Le sens naît de l’échange, du dialogue, du lieu et du vécu de chacun. Cette pluralité constitue le cœur de sa démarche : ses sculptures ne délivrent pas une signification figée, elles ouvrent un espace infini d’interprétation, à l’image de l’art lui-même.
Ce que permet cette monographie c’est précisément d’accompagner le lecteur dans cette profondeur. L’ouvrage devient un lieu de réflexion, où chaque description d’œuvre, chaque analyse, chaque entretien offre des informations qui enrichissent la compréhension sans jamais enfermer le sens.