Peintre, inventeur, scientifique et théoricien, Léonard de Vinci incarne à lui seul l’idéal de la Renaissance. De la peinture sur bois aux études sur papier, de la toile monumentale au portrait intime, son œuvre traverse les siècles et continue de fasciner le monde entier.
Cet article propose une immersion au cœur des 10 œuvres majeures de Léonard de Vinci, celles qui ont marqué l’histoire de l’art et qui sont aujourd’hui conservées dans les plus grands musées, de Paris, au Louvre, à Milan.
En 2026, les éditions Cercle d’Art publient une monographie consacrée à Léonard de Vinci dans la collection ART, aux côtés de Henri Matisse, Pablo Picasso et Vincent Van Gogh. Un ouvrage de référence rédigé par Vincent Delieuvin – auteur et historien de l’art français spécialiste de la peinture italienne du XVI e siècle pour comprendre l’ampleur de son génie, entre peintures, sciences et pensée visionnaire.

Léonard de Vinci : l’enfance et les années de formation

 

Né en 1452 à Vinci, en Toscane, Léonard grandit loin des cercles académiques traditionnels. Fils naturel, il développe très tôt une curiosité aiguë pour la nature, le monde vivant, les roches, l’eau, les plantes et le corps humain. Avant même ses premières peintures, il remplit des carnets d’études et de dessins sur papier, mêlant observation scientifique et recherche artistique.
Formé à Florence dans l’atelier de Verrocchio, Léonard apprend la peinture à l’huile, le travail sur bois et la composition de tableaux complexes. Mais très vite, son art dépasse la simple maîtrise technique : chaque œuvre devient une expérimentation sur la lumière, les dimensions, le mouvement et l’âme humaine. Cette approche virtuose irrigue toute son œuvre, qu’il s’agisse d’une Madone, d’un portrait de femme ou d’une grande scène religieuse.

Pourquoi La Joconde est au Louvre

 

À la fin de sa vie, Léonard de Vinci se rend en France à l’invitation du roi François Ier, grand admirateur de son génie. Installé au Clos Lucé, près d’Amboise, Léonard emporte avec lui plusieurs de ses travaux majeurs, dont La Joconde. Conservée dans les collections royales françaises après sa mort en 1519, la peinture entre définitivement dans le patrimoine national, expliquant sa présence au musée du Louvre, où elle demeure aujourd’hui l’un des tableaux les plus célèbres au monde.

 

10 œuvres les plus connues de Léonard de Vinci

 

 La Joconde, Léonard de VinciLa Joconde (1503–1506)

Portrait emblématique conservé au musée du Louvre à Paris, La Joconde est sans doute le tableau le plus célèbre de l’histoire de l’art. Cette peinture à l’huile sur bois représente une femme au sourire énigmatique, dont le regard semble suivre le spectateur. Léonard y atteint une maîtrise absolue du sfumato, donnant au visage une profondeur psychologique inédite. Le sfumato est une technique picturale développée par Léonard de Vinci qui consiste à estomper les contours et les transitions de couleurs afin de supprimer les lignes nettes.
Elle crée des passages très doux entre ombre et lumière, donnant aux formes une profondeur, une atmosphère vaporeuse et un rendu particulièrement réaliste des visages et des volumes.

 

 

La Cène - Léonard de VinciLa Cène (1495–1498)

Réalisée à Milan pour le réfectoire de Santa Maria delle Grazie, La Cène représente le dernier repas du Christ avec ses apôtres. Cette œuvre monumentale, abondamment étudiée, bouleverse les codes de la peinture religieuse par la dramatisation des gestes et des regards, notamment celui de Jésus au centre de la composition.
Léonard travaillait sur La Cène de manière très irrégulière. Selon le témoignage de Matteo Bandello, dominicain du couvent et témoin direct, l’artiste pouvait rester des heures immobile à observer le mur sans peindre, puis revenir travailler avec une intensité fulgurante avant de disparaître à nouveau plusieurs jours.
Cette lenteur irritait le prieur du couvent, qui s’en plaignit au duc de Milan, Ludovic Sforza. Léonard se défendit en affirmant que les plus grandes œuvres naissent de la pensée, et que le temps de réflexion était aussi essentiel que l’exécution ; le duc lui donna raison et demanda qu’on ne le presse plus.

L'Homme de Vitruve - Léonard de VinciL’Homme de Vitruve (vers 1490)

Bien plus qu’un simple dessin, il s’agit est d’une synthèse entre art et sciences. Cette étude sur papier illustre les proportions idéales du corps humain selon Vitruve, inscrivant l’homme au cœur du monde et de la pensée de la Renaissance.
Architecte et ingénieur romain du Ier siècle av. J.-C., Vitruve affirme que l’architecture repose sur la solidité, l’utilité et la beauté, et que ses proportions idéales doivent s’inspirer du corps humain.

 

 

 

La Vierge aux rochers (1483–1486) - Léonard de VinciLa Vierge aux rochers (1483–1486)

Cette peinture à l’huile, connue en deux versions, met en scène la Vierge, l’Enfant Jésus, saint Jean-Baptiste et un ange dans un paysage rocheux. Léonard y développe une atmosphère mystérieuse, jouant sur les ombres, les rochers et la profondeur, loin des arrière-plans traditionnels.
La Vierge aux rochers existe en deux versions, aujourd’hui conservées dans deux musées majeurs. Au musée du Louvre, la première version, réalisée vers 1483–1486, est exposée dans les collections permanentes. À la National Gallery (Londres), la seconde version, peinte quelques années plus tard, est également visible au public.
Les deux peintures présentent une composition très proche, mais diffèrent par le traitement de la lumière, des figures et certains détails iconographiques, témoignant de l’évolution du travail de Léonard sur ce sujet.

La Dame à l’hermine (1489–1490)- Léonard de VinciLa Dame à l’hermine (1489–1490)

Ce portrait de femme est remarquable par la finesse de la pose et le dialogue silencieux entre le modèle et l’animal. Léonard y démontre une nouvelle manière de concevoir le portrait, à la fois psychologique et symbolique.
La jeune femme représentée est Cecilia Gallerani, poétesse et figure brillante de la cour de Milan, liée au duc Ludovic Sforza, protecteur de Léonard de Vinci.
L’hermine qu’elle tient, symbole de pureté et signe d’allusion politique à l’Ordre de l’Hermine de Sforza, transforme le portrait en une image savamment codée.

 

La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne (vers 1501–1519) - Léonard de VinciLa Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne (vers 1501–1519)

Dans cette composition complexe, exposée au musée du Louvre, Léonard unit trois générations autour de l’Enfant Christ, dans un jeu subtil de regards et de gestes. Le tableau témoigne de recherches approfondies sur les corps, les postures et l’équilibre des formes, issues de nombreuses études préparatoires. La composition en mouvement, à la fois stable et fluide, révèle une réflexion aboutie sur la relation entre figures humaines et espace.

 

 

Leonard-de-Vinci-Saint-Jean-BaptisteSaint Jean-Baptiste (vers 1513–1516)

Peinture troublante exposée au musée du Louvre, Saint Jean-Baptiste montre une figure émergente de l’ombre, au sourire ambigu et au geste énigmatique. Léonard y pousse très loin son travail sur la lumière, le modelé de la chair et le contraste entre obscurité et clarté, donnant au saint une présence presque irréelle, suspendue hors du temps.

 

 

La Madone Benois (vers 1478–1480) - Léonard de vinciLa Madone Benois (vers 1478–1480)

Cette Madone intime montre la Vierge et l’Enfant dans une relation tendre et quotidienne, marquée par un échange de regards et de gestes d’une grande douceur. Léonard s’éloigne ici des représentations figées et hiératiques pour proposer une scène vivante, presque domestique, proche de l’expérience humaine. Le traitement de la lumière et la spontanéité des attitudes annoncent déjà son intérêt pour l’observation du réel et la psychologie des figures

 

 

Ginevra de’ Benci (vers 1474–1478) - Léonard de VinciGinevra de’ Benci (vers 1474–1478)

Portrait rare d’une femme de la Renaissance, cette œuvre se distingue par la sobriété de la pose et l’importance accordée au paysage en arrière-plan. Léonard y expérimente très tôt le lien entre la figure humaine et la nature, non comme simple décor, mais comme prolongement de l’identité du modèle. Ce dialogue discret entre le visage et l’environnement annonce une conception nouvelle du portrait, plus intériorisée et sensible.

 

La-Bataille-dAnghiari-1503–1505-oeuvre-perdue-Leonard-de-VinciLa Bataille d’Anghiari (1503–1505, œuvre perdue)

Connue aujourd’hui par des copies et des études préparatoires, cette peinture disparue illustre l’ambition de Léonard pour les grandes compositions historiques et monumentales. Le projet visait à représenter la violence du combat dans toute sa complexité, à travers des corps en tension, des visages déformés par l’effort et le chaos du mouvement. Les dessins conservés révèlent une énergie dramatique et une intensité du geste inédites pour l’époque, confirmant l’audace visionnaire de l’artiste.

Léonard de Vinci, un artiste au-delà des peintures

 

Les travaux de Léonard de Vinci s’étendent bien au-delà de ses tableaux. Ses codex rassemblent des milliers de dessins et de notes consacrés à l’anatomie humaine, à la mécanique, à l’hydraulique, à l’architecture et à l’étude du mouvement. On y trouve des dissections du corps, des études de muscles et d’organes, des projets de machines volantes, de ponts, de fortifications ou d’engins militaires, mais aussi des recherches sur la lumière, l’optique et les proportions. Ces carnets, véritables laboratoires de pensée, révèlent un esprit pour lequel art et sciences formaient un seul et même champ d’exploration.
À travers ses peintures, ses dessins et ses carnets, Léonard de Vinci apparaît moins comme un artiste du passé que comme une figure fondatrice de la pensée moderne.