En 2026, la Normandie et l’Île-de-France célèbrent le centenaire de la disparition de Claude Monet.
Le 5 décembre 1926, à Giverny, s’éteint Claude Monet, maître de l’Impressionnisme. Un siècle plus tard, musées, expositions et événements rendent hommage à Monet, dont les toiles à l’huile ont transformé durablement l’histoire de l’art, de Paris au Havre, de Rouen aux jardins de Giverny. Cette année de commémoration inscrit pleinement Claude Monet dans notre présent et marque une année majeure pour redécouvrir le peintre.
Avec près de 2 000 toiles exposées dans le monde, Claude Monet demeure le peintre le plus emblématique de l’Impressionnisme. Les Nymphéas, la Cathédrale de Rouen, les Meules, les Peupliers, Impression, soleil levant — cette toile devenue manifeste — composent un catalogue d’œuvres et de tableaux qui ont redéfini la peinture moderne.

 

Claude Monet, père de l’Impressionnisme

 

Né à Paris en 1840, et élevé au Havre, Claude Monet débute sa carrière entre Normandie et capitale. Très tôt, il fréquente l’atelier de Charles Gleyre où il rencontre Auguste Renoir, Frédéric Bazille et Alfred Sisley. Avec eux, il pose les bases d’une peinture nouvelle, en rupture avec le Salon officiel : une grande exposition organisée à Paris par l’Académie des Beaux-Arts au XIXe siècle, où un jury défendait les codes de la peinture académique, privilégiant les sujets historiques et une technique lisse, à rebours de la modernité que Claude Monet et les futurs impressionnistes entendaient affirmer.
Installé successivement à Argenteuil, Vétheuil puis Giverny, Monet transforme sa maison et ses jardins en laboratoire artistique.
Le jardin devient source inépuisable : bassin, pont japonais, massifs floraux, reflets d’eau. À Giverny, Claude Monet ne se contente plus de peindre le paysage : il le compose, il le cultive, il le pense comme une œuvre. Sa maison de Giverny, indissociable de son atelier, devient une source d’inspiration permanente. Le jardin de fleurs et le jardin d’eau, soigneusement aménagés par l’artiste, comptent parmi les plus célèbres jardins de l’histoire de l’art et demeurent aujourd’hui encore visités, année après année.
La peinture à l’huile de Monet, exécutée en plein air, cherche à saisir le soleil, l’instant, la vibration de l’air. Les séries – Meules, Peupliers, Cathédrale de Rouen – témoignent d’une méthode radicale : peindre un même motif à différentes heures, fragmenter le temps pour mieux le recomposer. Ces toiles sérielles, accrochées dans les plus grands musées, constituent aujourd’hui encore des jalons essentiels dans l’histoire de l’art et demeurent des œuvres de référence étudiées au fil des années.
Sa vie personnelle influence profondément son œuvre : sa première femme, Camille, apparaît dans plusieurs tableaux majeurs ; plus tard, Alice Hoschedé partage son existence à Giverny. Sa famille, ses séjours à Londres, ses voyages, nourrissent sa peinture et ses motifs, inscrivant son art au cœur même de sa vie.

 

Monet, l’homme derrière l’œuvre

 

En 1870, Claude Monet épouse Camille Doncieux, son modèle et sa première femme. Camille apparaît dans plusieurs tableaux emblématiques, notamment La Femme à la robe verte ou La Promenade. De leur union naissent deux enfants, Jean Monet et Michel Monet. La disparition prématurée de Camille en 1879 marque un tournant intime et artistique dans la vie du peintre, bouleversant profondément sa vie personnelle.
Plus tard, Monet partage son existence avec Alice Hoschedé, qu’il épouse en 1892 après le décès de son mari, Ernest Hoschedé. La famille recomposée s’installe à Giverny, dans la maison devenue célèbre. Les enfants d’Alice et ceux de Claude Monet grandissent ensemble dans cette demeure normande qui devient un foyer artistique unique. La maison familiale, l’atelier, le jardin et la vie quotidienne nourrissent directement la peinture du maître impressionniste et structurent sa vie quotidienne.
La famille de Claude Monet joue un rôle essentiel dans son équilibre et dans sa carrière. Ses proches soutiennent son travail, organisent la maison, participent à la gestion de ses œuvres et de ses expositions. Cette dimension intime est une source majeure d’inspiration pour nombre de ses tableaux et pour l’évolution de son art au fil des décennies.

 

Les œuvres emblématiques de Monet

 

Impression, soleil levant, aujourd’hui conservée au musée Marmottan Monet à Paris, donne son nom au mouvement impressionniste. Cette toile fondatrice marque un premier tournant dans la carrière de Claude Monet.
La série des Cathédrales de Rouen, exposée en 1895 chez Durand-Ruel, constitue un moment décisif. Clemenceau parle alors d’« une révolution sans coup de fusil ». Monet transforme une façade gothique en étude lumineuse, presque abstraite. Ces toiles monumentales comptent parmi les plus célèbres œuvres présentées à la fin du XIXe siècle.
Les Nymphéas, cycle ultime initié dans les années 1890 et poursuivi jusqu’en 1926, représentent l’aboutissement de sa recherche. Plus de deux cent cinquante toiles autour d’un même motif. Les « grandes décorations », installées au musée de l’Orangerie à Paris, inaugurées en 1927, forment un environnement total. André Masson évoquera plus tard une « Sixtine de l’Impressionnisme ». Ces immenses toiles enveloppantes, visibles dans ce musée parisien emblématique installé dans l’ancienne orangerie des Tuileries, transforment l’espace en expérience immersive.
De Paris au Havre, de Rouen à Giverny, les paysages deviennent motifs. Les bords de Seine à Argenteuil, les falaises d’Étretat, les ports normands et les vastes jardins normands composent un ensemble cohérent d’œuvres où chaque toile dialogue avec la lumière et où chaque paysage devient source d’invention picturale.

 

2026 : les grandes expositions du centenaire

 

L’année 2026 sera rythmée par quatre expositions majeures consacrées à Claude Monet, chaque exposition proposant une lecture renouvelée de son œuvre et de ses toiles les plus emblématiques. Cette année exceptionnelle multiplie les regards sur l’artiste et ses œuvres majeures et inscrit cette année comme un moment décisif pour comprendre la vie et l’œuvre du peintre.

Avant les Nymphéas. Monet découvre Giverny, 1883-1890 — Musée des impressionnismes Giverny

Du 27 mars au 5 juillet 2026

Au printemps, le musée des impressionnismes Giverny organise une exposition exceptionnelle consacrée aux premières années de l’artiste dans le village de Giverny, de son arrivée en 1883 à la fin de l’année 1890, moment décisif où il devient propriétaire de sa maison et peut entreprendre la création de son jardin.
Cette exposition met en lumière une période charnière dans la vie et la carrière de Claude Monet. Installé à Giverny après des années de difficultés financières et de déplacements entre Paris, Argenteuil et Vétheuil, le peintre trouve enfin une stabilité propice à l’approfondissement de son art. Ces années fondatrices marquent une transition majeure : avant les grandes séries des Nymphéas, avant les vastes panneaux du musée de l’Orangerie, Monet élabore à Giverny un nouveau rapport au paysage et au motif, au cœur des jardins qu’il commence à imaginer et à façonner.
Pendant ces années 1883-1890, Claude Monet explore intensément son nouvel environnement : coquelicots flamboyants, peupliers élancés, prairies ondoyantes, collines baignées de lumière, cours de l’Epte et de la Seine. La topographie de Giverny, façonnée par la pluie, le brouillard, le soleil et les nuages, devient une source inépuisable d’inspiration. Les variations atmosphériques, les saisons, les effets fugitifs de lumière nourrissent des toiles où se précise sa recherche sur la temporalité et la perception.
L’exposition propose de faire revenir sur les lieux mêmes de leur création une trentaine d’œuvres majeures. Cette réunion exceptionnelle de tableaux permet de comprendre comment Monet s’approprie progressivement le village de Giverny et ses environs, notamment ses jardins et ses paysages immédiats. Les visiteurs découvrent ainsi la genèse d’un langage pictural qui conduira aux séries et, plus tard, aux mythiques Nymphéas.
L’exposition bénéficie du soutien du musée Marmottan Monet et de l’Académie des beaux-arts, Paris, garantissant une sélection d’œuvres de premier plan et un apport scientifique rigoureux.

 

Monet au Havre — MuMa

Du 5 juin au 27 septembre 2026

Au cœur de l’année du centenaire, le Musée d’art moderne André Malraux (MuMa) du Havre prépare une exposition d’envergure intitulée « Monet au Havre ».
Cette exposition – conçue comme une étape essentielle de la célébration de l’Impressionnisme en Normandie – invite les visiteurs à revenir sur les années de jeunesse de Claude Monet au Havre, de 1845, date de l’installation de sa famille dans la ville portuaire, à 1874, année de la première exposition impressionniste à Paris.
Il s’agit d’une plongée dans les décennies où Claude Monet forge son esprit artistique, multiplie les esquisses, les dessins et les premières toiles, s’immerge dans les paysages normands et côtoie les mécènes et collectionneurs qui l’encourageront.
Le parcours de l’exposition au MuMa présente, à travers une logique thématique et chronologique, près d’une quarantaine d’œuvres parmi peintures, dessins et carnets de croquis, ainsi que de nombreuses photographies, documents d’archives et extraits de correspondance.
On y découvre comment le jeune Monet, encore très imprégné des influences havraises – des paysages sauvages de la pointe de la Hève à Sainte-Adresse, des régates animant la rade ou du port industriel lui-même – construit progressivement son regard sur la lumière, le motif et la modernité picturale.
Parmi les pièces phares attendues figurent des chefs-d’œuvre tels que La Terrasse à Sainte-Adresse et Le Port du Havre, effet de nuit, témoignant de l’émergence du style qui fera la réputation mondiale de Monet.

 

Histoires du paysage de Monet à Hockney — Musée Marmottan Monet, Paris

Du 24 septembre 2026 au 31 janvier 2027

Véritable sanctuaire de l’impressionnisme à Paris, le musée abrite la plus grande collection d’œuvres de Claude Monet, offrant un panorama sans équivalent de la carrière du chef de file du mouvement. Aux côtés de l’iconique Impression, soleil levant, près d’une centaine de chefs-d’œuvre légués par la famille du peintre et ses plus proches amis permettent de traverser l’ensemble de son parcours artistique. Cette nouvelle exposition dévoile notamment l’influence du maître de l’Impressionnisme sur les artistes des XXe et XXIe siècles.

 

Monet et le temps — Musée de l’Orangerie, Paris

Du 29 septembre 2026 au 25 janvier 2027

Cette exposition centrale du centenaire au musée de l’Orangerie à Paris interroge le rapport de Monet au temps. Près de quarante toiles, issues notamment du musée d’Orsay et du musée Marmottan Monet, retracent l’évolution du peintre, des premières œuvres aux Nymphéas.
Le parcours analyse la fragmentation du motif dans les séries (Meules, Peupliers, Cathédrale de Rouen) jusqu’au continuum des « grandes décorations ». Dans ce palais dédié à l’art impressionniste, les Nymphéas enveloppent le visiteur.
L’expérience immersive Monet au fil de l’eau, en réalité virtuelle, accompagne l’exposition. D’Argenteuil à Giverny, du jardin à l’atelier, le spectateur traverse la carrière de Claude Monet et ses grandes séries. Cette proposition prolonge l’expérience initiée avec l’Obsession des Nymphéas.

 

L’héritage de Claude Monet : une révolution durable

 

Claude Monet laisse derrière lui bien plus que des tableaux. Il laisse une nouvelle manière de peindre, de concevoir la toile, d’habiter le motif.
Son héritage se mesure d’abord dans les musées : musée d’Orsay, musée Marmottan Monet, musée de l’Orangerie, mais aussi dans chaque galerie, chaque palais, chaque exposition internationale qui consacre l’Impressionnisme.
Il laisse également une méthode. Peindre en série. Explorer un même motif. Observer le soleil, la lumière, les saisons. Fragmenter le temps. Cette approche influence profondément la peinture du XXe siècle, jusqu’à l’abstraction.
Les héritiers de Monet sont nombreux. Auguste Renoir fut son compagnon de route. Plus tard, des artistes modernes et contemporains – de l’École de Paris aux peintres abstraits – prolongent cette réflexion sur la lumière et le paysage. David Hockney revendique explicitement l’influence des Nymphéas. Les artistes contemporains qui travaillent l’installation immersive, l’environnement pictural, dialoguent également avec Monet.
Le jardin de Giverny demeure l’un des héritages les plus puissants : un atelier à ciel ouvert, une œuvre vivante. Il inspire encore peintres, photographes, cinéastes.
Enfin, Claude Monet laisse une leçon universelle : regarder le monde comme une source inépuisable. Faire du quotidien un motif. Transformer les paysages en expérience sensorielle.

 

Une nouvelle monographie dédiée à Claude Monet aux éditions Cercle d’Art

 

À l’occasion de cette année du centenaire, les éditions Cercle d’Art publient en 2026 une nouvelle monographie de référence consacrée à Claude Monet dans la collection ART. Avec Monet, Cercle d’Art prolonge une collection pensée pour un large public, sans rien céder à l’exigence éditoriale.
Par son élégance, la richesse de ses images, la qualité de son édition et la précision de son analyse, cette monographie s’impose comme l’occasion idéale de redécouvrir le maître de la lumière à travers ses toiles, ses tableaux et ses grandes œuvres.
Rédigée par Philippe Piguet, historien de l’art, critique et commissaire d’exposition, bel-arrière-petit-fils de Claude Monet, l’ouvrage retrace la vie du peintre dans une progression chronologique précise. Des premières toiles en Normandie aux mythiques Nymphéas, de la Seine au pont japonais, chaque instant de création est replacé dans son contexte : l’atelier, les voyages, la famille, les grandes séries.