Salvador Dalí
“Je trouve parfaitement limpide que mes ennemis, mes amis et le public en général prétendent ne pas comprendre la signification des images qui surgissent et que je transcris dans mes tableaux. Comment voulez-vous qu’ils comprennent, quand moi-même qui les fais je ne les comprends pas non plus ? Le fait que, au moment de peindre, je ne comprenne pas la signification de mes tableaux, ne veut pas dire que ces tableaux n’ont pas de signification: au contraire, leur signification est si profonde, si complexe, si cohérente, si involontaire, qu’elle échappe à la simple analyse de l’intuition logique.” Qu’on le traite de clown ne le mortifie nullement ; il en est au contraire très flatté. Il est très difficile de maintenir pendant quarante ans une attitude qui ne lasse jamais l’attention du public en dehors de l’intérêt pour sa peinture: il y a réussi. Lorsqu’il était enfant, son père lui disait souvent que s’il ne s’amendait pas, il finirait comme le “Noi de Tona”, un vagabond mi-saltimbanque, mi-charlatan, alors très populaire en Catalogne. Dalí ne répondait rien; il n’osait pas dire à son père que rien ne pouvait lui plaire davantage que de finir pour lui, de commencer — comme un glorieux “Noi de Tona”. Inquiétant et paradoxal Dalí, exhibitionniste pathologique, dilapidateur de génie extra pictural, discutable, discuté, cathartique, rationalisateur de l’irrationnel, éveilleur d’enthousiasmes débordants, catalyseur de réactions furibondes, subversif, virulent, injuste envers ceux qui suivent des voies différentes, couverture des plus grands magazines, proie convoitée des photographes, journalistes et reporters de télévision, bien coté par les agences de publicité, engagé ou immiscé dans des aventures cinématographiques, théâtrales, chorégraphiques, que sais-je encore, aspirant usurpateur du trône de Zeus, Martin Luther du surréalisme, subtil et scandaleux conférencier, inventeur d’inventions, déconcertant clown, explosif, organisateur du saugrenu, obscénographe et obscéanographe, entrepreneur d’extravagances, archaïsant, mystificateur, maître ès dessin, licencié en fantaisie, docteur en pyrotechnies littéraires, et avant tout, peintre, peintre d’une époque désaxée, témoignage vivant d’un moment critique, rageusement fidèle à lui-même et poursuivant, solitaire, son chemin dans une voie difficile de la dangereuse, éternelle et universelle aventure de l’art.
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