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De la médecine à la photographie : histoire d'un passage
En 1981, Philippe Bazin termine ses études de médecine par un stage d'interne dans un hôpital d'une petite ville rurale française.
« Un jour, au bout de trois mois environ, je devais classer le dossier d'une personne décédée huit jours auparavant et me retrouvai face à cette chemise de carton sans photo d'identité à me demander de qui il pouvait bien s'agir.
J'avais déjà oublié son visage ! Je décidai de passer dans toutes les chambres pour photographier toutes les personnes, avoir ainsi la mémoire de tous les visages. Et surtout je décidai de faire ces photographies en noir et blanc simplement parce que je n'aimais pas les couleurs (in-)hospitalières des lieux.
Au développement des photos, ce fut une révélation, tout ce que j'avais quotidiennement sous les yeux et que je ne voyais pas me sautait littéralement à la figure : la souffrance morale des gens, leur solitude extrême, leur attente impatiente de la mort libératrice, leur colère si violente contre nous, les personnels, qui leur infligions une telle vie. »
Depuis, Philippe Bazin n'est plus médecin mais photographe.
L'ensemble de son projet artistique porte sur les visages de ses contemporains.
Il met en perspective la présence de ceux-ci dans les grandes institutions qui encadrent notre vie de la naissance à la mort, telles que Michel Foucault a pu en parler dans son œuvre.
« Il s'agit, par la photographie, de redonner une visibilité à des gens qui souvent, absents de notre regard, ont disparu d'une visibilité collective.
Il s'agit aussi, non de faire des portraits au sens classique du terme, mais d'affirmer la présence au monde d'êtresqui me sont étrangers mais sans lesquels je ne saurais vivre.
Ce sentiment d'altérité est au centre de mon projet artistique. »
Le livre LONG SÉJOUR trouve son origine dans la thèse que Philippe Bazin a soutenue le 30 mars 1983 à l'Université de Nantes, thèse consacrée à la manière dont les vieux finissent leur vie dans des centres de long séjour.
Les propos du jeune médecin Philippe Bazin révèlent la violence toujours actuelle de la manière dont on traite ceux que l'on ne veut pas voir en les enfermant dans des lieux à l'abri de notre regard. Ce texte est indispensable pour comprendre où s'enracine la démarche de l'artiste ainsi que l'urgence et la nécessité
de l'ensemble de son projet artistique (photographies, vidéos), tel qu'il s'est développé depuis 25 ans.
À la contribution d'Hébert Réjean, doyen de la faculté de médecine et de science de la santé (Université de Sherbrooke, Québec) vient s'ajouter le point de vue du philosophe Sidi Mohammed Barkat.
Un avant-propos de Virginie Devillers explique la nécessité éditoriale d'un tel livre. Un long entretien de Philippe Bazin avec un jeune critique permet de situer le travail e de l'artiste dans le champ de l'art contemporain.
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