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« Depuis des années, je travaille presque exclusivement à des sculptures qui s'animent au contact d'énergies telles que l'air, l'eau ou la gravitation. Ces énergies qui abondent autour de nous sont celles qui nourrissent continuellement toutes les formes de vie sur Terre. »
SUSUMU SHINGU, L'ART ET LA PLANETE
Susumu Shingu est un artiste japonais d'aujourd'hui, apprécié et célébré dans les plus grandes métropoles du monde entier. Ce livre de la collection « Découvrons l'Art » s'emploie à faire découvrir son œuvre en donnant toute sa dimension à un artiste dont le travail se conçoit et se construit à l'écoute des grandes interrogations contemporaines sur les équilibres et le devenir de la planète, le renouvellement de notre pensée des énergies et de leur économie, de la réalité urbaine et d'un cheminement plus humain, plus durable, plus naturel de son développement.
Né en 1937 à Osaka, Shingu est, très jeune, diplômé de l'Université des Arts de Tokyo, avec une spécialisation dans la peinture à l'huile. Il n'a pas trente ans quand il obtient du gouvernement italien une bourse qui le conduit à Rome pour parfaire ses connaissances et sa pratique picturales. C'est là, sans doute, qu'il rencontre l'œuvre d'un « Maître » qui ne le quittera plus et dont on perçoit la grande ombre derrière nombre des croquis et dessins qui accompagnent ses recherches de sculpteur : Léonard de Vinci (non pas l'artiste du sfumato des toiles peintes, mais le rêveur et l'ingénieur génial des Carnets). C'est là aussi qu'il décide d'abandonner les deux dimensions de la toile du peintre pour explorer le relief et le mouvement.
Après six ans passés en Italie, il rentre au Japon et, dans les immenses docks du port d'Osaka où il a pu installer son atelier, il se met au travail, fait ses gammes avec des œuvres qui évoquent au début les mobiles de Calder.
Mais très vite il se construit un langage et un style qui lui sont entièrement personnels, cherchant à rendre sensibles, dans une œuvre minutieuse et nourrie de science dynamique, les grandes énergies qui constituent les « aliments » et le cadre de la vie sur terre : Mais s'il enracine son travail dans ce qui est la source la plus essentielle de notre environnement (de notre oekoumène) - s'il convoque pour cela l'imaginaire immémorial des éléments constituants des plus antiques cosmologies - Shingu a recours aux matériaux et aux technologies les plus récents et les plus performants : « Dans mes sculptures, je chercheà traduire le plus possible mon émerveillement et les sensations spontanément reçues. J'utilise pour cela des matériaux de haute technologie, comme la fibre de carbone, combinés avec des matériaux tels que l'acier inoxydable, l'aluminium et le titane joints par des éléments de rotation avec roulements à billes. »
Par son côté résolument contemporain, uni aux plus anciennes songeries, Shingu compose un savant mélange d'équilibre et d'harmonie qui ne cesse de nous émerveiller. Les Antiques grecs rêvaient des sculptures animées de Dédale « pouvant se rendre d'elles-mêmes à l'Assemblée des Dieux » (Platon).
Shingu réalise ce rêve et le donne à voir pour notre plus grand plaisir : en resituant l'humain dans la nature et le grand jeu des forces constituantes de l'univers.
Bernard Vasseur