














Constant, New Babylon
Et aussi Autour de Corneille au Cercle d'Art
Constant, Graveur
Et aussi Cobra et le règne imaginal au Cercle d'Art
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"Mon propos, dit Pierre Restany, est de parler, à travers le Corneille de toujours (comment pourrait-on faire autrement avec un tel protagoniste de la scène artistique de la seconde moitié du XXe siècle), du Corneille d'aujourd'hui : c'est-à-dire de confronter les regards que nous portons sur le monde actuel de l'art au terme d'une expérience vécue pendant cinquante ans pour moi et soixante pour lui."
En 2002, Corneille porte sur le phénomène Cobra, dont il a été l'un des fondateurs, un regard objectif et serein. Il se souvient, bien sûr, des dates extrêmes du mouvement, de sa fondation le 8 novembre 1948 au café Notre-Dame à Paris, de l'exposition d'Amsterdam et de ses scandales en 1949 et de l'exposition de Liège, au Palais des Beaux-Arts en octobre-novembre 1951, qui en fut le chant du cygne.
Comme l'écrit Pierre Restany : "Cobra a su enfoncer un coin dans le ventre mou de l'Ecole de Paris entre l'expressionnisme nordique et la gestualité informelle, en ignorant l'irréductible antagonisme des deux extrêmes : le réalisme socialiste et la peinture géométrique, et en slalomant entre les surréalistes révolutionnaires et l'Internationale situationniste."
Le mouvement Cobra se distinguait des avant-gardes en ceci qu'il n'érigeait rien en dogme et n'entendait pas se substituer aux théories en vogue à l'époque.
Alors que proliféraient les engagements, Cobra prônait insolemment le droit de chacun à sa propre liberté.
Trois Hollandais – Karel Appel, Constant, Corneille – le Danois Asger Jorn, et les Belges Christian Dotremont et Joseph Noiret, poètes tous deux, formèrent le noyau initial de Cobra (Copenhague Bruxelles Amsterdam).
"C'est notre désir qui fait la révolution", écrit alors Constant.
Depuis trente ans, Corneille s'est installé dans l'éternel été de sa création. Au centre de la mise en espace de sa mythologie quotidienne, la femme nue, généralement allongée et surtout de dos, en position d'ouverture, de disponibilité et d'offrande, au contour du corps relevé d'un dessin ferme et contenu. La couleur rouge est souvent employée pour la chair, quand ce n'est pas le jaune ou le bleu. On comprend Corneille lorsqu'il écrit dans son journal : "La toile du peintre est une peau vivante, un tissu sensible, une peau de femme. Femme-toile sur laquelle il peint les oiseaux de son désir."
Chez Corneille, les formes immédiatement lisibles, déchiffrables, réécrivent le monde sensible, et le métamorphosent selon les rêves du désir. Sans se priver de l'imprévisible. L'artiste s'est définitivement orienté vers la simplicité du dessin de l'archétype formel.
"Le message visuel est simple, précise Restany, parfaitement cadré, directement communicable, il ne lui manque que le mouvement et l'évanescente fluidité de l'écran de télévision."
Si l'on regarde ses travaux les plus récents, le retour triomphal d'icônes familières étonne par une extrême liberté, comme un hommage aux primitifs. De phase en phase, l'œuvre s'est enrichie sans jamais renier son pouvoir ludique. L'essentiel est toujours simple.
L'œuvre de Corneille, que l'on croit à tort bien connaître, est l'une des plus séduisantes et des plus paradoxales de notre temps : plus neuve chaque jour des échos du passé.
Cet ouvrage nouveau montrera même aux connaisseurs une partie moins connue de cet œuvre protéiforme : le champ immense de l'estampe dont l'artiste a utilisé, avec une égale boulimie, toutes les techniques : lithographie, linogravure, bois gravé, pointe sèche, eau-forte, aquagravure.
Mais aussi les variantes modernes de l'estampe lorsque celle-ci se transfère sur le support textile : foulards, tissus d'ameublement, tapis ; ou sur d'autres supports tridimensionnels : sculptures, bijoux, verreries, céramiques, mobilier, photocopieurs, mongolfières, vaisselles, stylos…
"Du computer au tapis, au meuble ou à la vaisselle, l'image de Corneille, pour Restany, quitte ainsi ce ghetto élitiste de la peinture de musée pour entrer à part entière dans le domaine quotidien de l'art public. L'art de Corneille est particulièrement apte à assumer l'hygiène visuelle des mythes médiatisés sur lesquels se fonde notre culture globale car ils reposent sur une sociologie élémentaire fondamentale du plaisir dans l'information, la communication et la consommation.
Ces images issues de la peinture de Corneille sont naturellement télégéniques parce qu'elles sont emblématiques de notre imaginaire global."
La poétique de Corneille est, en effet, celle du rêve explicité, à la portée de tous.